Denis Monière: Les dérives de la concurrence interuniversitaire
Mayo 12th, 2008 by adminDenis Monière: Les dérives de la concurrence interuniversitaire
Denis Monière, Professeur de science politique à l’Université de Montréal
La concurrence effrénée que se livrent les universités québécoises dans la chasse aux clientèles entraîne des effets pervers. On a vu ces dernières années les universités se lancer dans de vastes projets de développement immobilier et de délocalisation qui visent à phagocyter les clientèles des autres universités.
Ainsi, l’Université de Rimouski a installé une succursale à Lévis, plus imposante que l’université-mère, afin de concurrencer l’Université Laval; l’Université de Sherbrooke a entrepris de gonfler son campus de Longueuil pour drainer les clientèles des universités montréalaises; l’Université de Montréal développe des programmes à Trois-Rivières et à Ville de Laval, et l’Université Laval s’est elle aussi délocalisée en région pour la même raison.
À la concurrence sur le territoire national s’ajoute la concurrence sur la scène mondiale, car, ne l’oublions pas, nous sommes à l’ère de l’internationalisation des savoirs. Les universités québécoises sont en rivalité les unes avec les autres pour attirer le plus grand nombre d’étudiants étrangers. Pour ce faire, non seulement faut-il que les professeurs soient bien classés dans les index de citations, mais il faut aussi atteindre les plus hauts échelons dans les classement nationaux (Macleans University Ranking) et internationaux des universités (The Times World University Ranking, Academic Ranking of World University) qui sont, faut-il le rappeler, outrageusement dominés par les universités américaines.